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Prédication (Joel Driedger)

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Auteur: Joel Driedger
Origine: Merk 2018
Langue source: English

Vous savez tous ce que sont des prêtres ou des pasteurs? Ce sont des personnes qui travaillent pour et dans l’Eglise. Ellesont une position spéciale étant responsables des choses saintes qu’elles transmettent. Pasteurs et prêtres rendent attentif au lien entre ciel et terre.

Vous savez probablement aussi ce que sont des mauvais pasteurs ou prêtres ! Ce sont des personnes qui pensent avant tout à elles-mêmes. Investies des choses saintes, elles ne transmettent pas le message céleste aux humains. Elles parlent avec des personnes blessées par la vie sans les réconcilier avec Dieu. Les mauvais pasteurs se plaisent à rendre dépendants d’eux les êtres fragiles. Ils les privent de la liberté de Dieu, exigent une obéissance passive et aveugle pour mieux les exploiter. Les exemples de mauvais pasteurs existent dans toutes les Eglises du monde.

Il en était ainsi il y a cinq cents ans, à l’époque de la Réforme. La critique du clergé marque le début de la Réforme et du mouvement anabaptiste. Nos ancêtres dans la foi ont observé les prêtres de l’église médiévale. Et ils ont constaté que ces prêtres en savaient fort peu sur les mystères de la foi et sur ce qu’est une vie conforme au Christ. Les prêtres étaient ignorants des choses saintes et ne transmettaient pas le message biblique. Leur préoccupation première était pécuniaire et portait sur divers commerces dans l’Eglise, comme celui des indulgences. Eux qui étaient des guides spirituels, ne se mettaient pas au service des hommes, des femmes et des enfants, mais profitaient de leur peur de mourir et de leur désir de Dieu.

 

Les anabaptistes comme tous les protestants, ont constaté que le clergé chargé d’annoncer le salut ne s’en préoccupait guère. Alors, nos ancêtres dans la foi se sont dit qu’ils s’en occuperaient puisque les prêtres y manquaient.

C’est surtout un texte biblique qui a encouragé les protestants à la dissidence. Il se trouve presqu’à la fin de la Bible, dans la première épître de Pierre. C’est un texte qui parle du sacerdoce universel, soit du sacerdoce de (tout un) chacun. Ce texte est essentiel aujourd’hui encore pour comprendre notre vocation chrétienne. Le texte affirme que tous, autant que nous sommes ici, faisons partie du sacerdoce universel. Ecoutons le passage de l’épître de Pierre (1 Pierre 2,4-10, NBS) :

4. Approchez-vous de lui, pierre vivante,

rejetée par les humains, certes,

mais choisie et précieuse aux yeux de Dieu.

5. Vous-mêmes, comme des pierres vivantes,

construisez-vous pour former une maison spirituelle, un saint sacerdoce,

afin d’offrir des sacrifices spirituels, agréés de Dieu, par Jésus-Christ ;

6. car voici ce qu’on trouve dans L’Ecriture :

Je vais poser en Sion une pierre angulaire, choisie, précieuse,

et celui qui croit en elle ne sera jamais pris de honte.

7. L’honneur est donc pour vous qui croyez.

Mais, pour les gens sans foi :

C’est la pierre que les constructeurs ont rejetée qui est devenue la principale, celle de l’angle, (8.) et : une pierre d’achoppement, un rocher qui cause la chute.

Ils s’y achoppent en refusant d’obéir à la Parole ;

c’est aussi à cela qu’ils ont été destinés.

9. Vous, par contre,

vous êtes une lignée choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte,

un peuple que Dieu s’est acquis,

pour que vous annonciez les hauts faits

de celui qui vous a appelés des ténèbres à son étonnante lumière ;

10. vous qui, autrefois, n’étiez pas un peuple,

vous êtes maintenant le peuple de Dieu ;

vous qui n’aviez pas obtenu compassion,

vous avez maintenant obtenu compassion.

«Vous êtes une lignée choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte» - ces grands mots sont adressés aux chrétiens de Palestine, d’Asie Mineure (qui est la Turquie d’aujourd’hui), de Grèce, et d’Italie. A l’époque, il y avait de petites communautés chrétiennes dans les grandes cités autour de la Méditerranée qui ne comprenaient parfois qu’une poignée de personnes ou guère plus. Il y a deux mille ans, quand la lettre de Pierre fut rédigée, le christianisme n’était pas une religion mondiale, mais plutôt une secte juive méprisée par les philosophes, ignorée par les puissants, inintéressante pour l’économie. Les chrétiens étaient donc une infime minorité.

Appartenir à une minorité ou à une petite communauté peut générer des sentiments de timidité et d’insignifiance. Des sentiments que je connais. Par exemple, le  dimanche matin, quand dans ma communauté mennonite, seule une poignée de personnes se rend à la célébration du culte. De plus, elles approchent pour la plupart un âge qu’on dit être celui de la sagesse. Notre petit groupe est donc un peu frustré, se sent insignifiant, voire caduc. Inévitablement, il se pose des questions, doute de soi : Est-ce que nous avons quelque chose à donner ? Est-ce que nous faisons une différence dans notre cité ?

 

Dans une situation d’incertitude comme celle que je viens de décrire, il est fréquent que le tentateur se fasse entendre. Quand le diable alla trouver Jésus dans le désert pour le dévoyer de sa vocation, il voulut tirer parti de l’affaiblissement physique de Jésus après 40 jours de jeûne. Par trois fois, il tenta Jésus en utilisant des arguments théologiques et des motifs bibliques. Avec nous le tentateur fait probablement de même. Il pourrait, par exemple, reprendre des expressions bibliques pour nous déstabiliser. Dans ce qui suit, je me fais l’avocat du diable et laisserai le tentateur s’exprimer trois fois se servant de mots-clés pris dans le passage qui vient d’être lu. Attention : Le diable est intelligent et connaît bien la Bible. Ce qu’il mentionne, est entièrement correct. Mais il ne dit jamais l’entière vérité. À chaque phrase, il omet des aspects importants qui en font une affirmation vraie.

 

Premièrement le diable nous susurre : « Vous êtes une lignée choisie. En clair, cela veut dire que la communauté chrétienne n’englobe pas tout le monde. » Le diable a raison quand il affirme que la foi est aussi un choix personnel. C’est un choix que certains font et que d’autres ne font pas. En effet, nous savons que Dieu ouvre des chemins en-dehors de notre Eglise et nous croyons que l’Esprit Saint est à l’oeuvre dans la création entière.  Il est vrai que les communautés chrétiennes ne rassemblent pas et ne rassembleront jamais tous les habitants de la terre.  Et pourtant, - et c’est précisément ce qui manque dans la phrase du diable – le royaume de Dieu est ouvert à tous et à toutes.

Pourquoi donc ? Parce que Jésus a promis le royaume de Dieu à tous. Nos capacités sont petites, mais notre mission est universelle. Quelquefois nous somme frustrés, conscients d’être insignifiants et surannés, néanmoins nous avons une obligation spirituelle envers ceux et celles qui sont autour de nous. 

Jésus n’a pas seulement ouvert les portes du royaume, il s’est mis en route pour apporter le royaume à ceux qui en avaient besoin. Il est allé vers les pécheurs et les marginalisés, vers ceux qui sont mal vus, vers les exclus de la société. Le royaume de Dieu est pour tout le monde – c’est vrai et ça reste vrai même si notre communauté est limitée à tous égards.

 

Deuxièmement le diable dit : « Vous êtes un sacerdoce royal ; vous êtes totalement acceptés, il ne faut rien changer. » Le diable a compris une chose très importante : pour faire partie du nouveau sacerdoce royal, il ne faut être ni de provenance noble ni avoir un talent spécial ou passer un examen d’entrée. Faire partie du nouveau sacerdoce royal est de vocation divine, et c’est par l’Esprit Saint que nous y participons. Il n’y a rien à changer – il ne faut même pas être irréprochable.

Au quatrième siècle, en Afrique du nord, les chrétiens furent cruellement persécutés.  Pour éviter le martyre, certains, dont aussi des évêques, ont renié leur foi. Après ces hostilités, l’Eglise se réorganisa et se posa la question de la validité du baptême administré par les évêques infidèles. S’ils avaient renié leur foi, c’est qu’elle était erronée.  Dès lors, fallait-il rebaptiser les personnes qu’ils avaient baptisées ?

Cela causa une grande dispute, l’Eglise finit par décider que non ;  non, un second baptême n’est pas nécessaire. L’Eglise a affirmé qu’une fois administré, le baptême est et reste efficace même s’il l’a été par un renégat. Le baptême et les autres sacrements sont efficaces par la grâce de Dieu et de l’Esprit Saint et non par la perfection des personnes qui les administrent. 

Pour moi, la décision de l’Eglise ancienne concerne aussi notre vocation au sacerdoce universel. Cette histoire illustre qu’un acte comme le baptême est et reste efficace sans considération de la personne qui l’administre.  L’Esprit Saint dispense la grâce et la puissance divines. La grâce de Dieu agit à travers nous malgré les taches et rides de la communauté. Le diable a raison : nous sommes acceptés tels que nous sommes, notre vocation ne dépend pas d’une contribution de notre part. Mais pour autant, et il faut l’ajouter, n’oublions pas notre devoir. Au contraire. Un sacerdoce a vocation de servir et de bénir. Faisant partie du sacerdoce universel, nous nous tournons vers les autres et ne restons pas fermés sur nous-mêmes.

Le mot « sacerdoce » dans notre texte biblique évoque l’ancien système sacerdotal. Etant tous appelés à faire partie du « sacerdoce » il s’agit de transposer dans notre contexte les anciennes tâches sacerdotales. Dans l’Antiquité, les gens exprimaient leur gratitude, peur ou prière en portant au temple un animal à sacrifier. Les prêtres procédaient au sacrifice et assuraient ainsi le contact entre les fidèles et Dieu, ils étaient au service de Dieu et des hommes. C’est là une première tâche du sacerdoce que de « servir ».

 

Les prêtres ont jadis servi les gens en facilitant un contact avec Dieu. Une autre fonction sacerdotale est celle de bénir. Dans l’Antiquité, les prêtres bénissaient le peuple. Aujourd’hui encore, prêtres et pasteurs bénissent l’assemblée à la fin de la messe ou du culte. Bénir, c’est autre chose que souhaiter bonne chance à quelqu’un. Bénir, c’est appeler la protection de Dieu sur une ou plusieurs personnes. La transmission sacerdotale consiste en particulier à servir et à bénir.  Servir et bénir font partie de la mission et du devoir chrétiens, aujourd’hui comme cela fut le cas tout au long de la chrétienté.

Bien entendu, je ne saurais dire ce que servir et bénir signifient concrètement dans votre communauté, dans votre contexte. Il est clair que pour vous et ceux autour de vous, le sacrifice d’animaux n’est pas le « moyen » préféré pour s’adresser à Dieu. Alors, il faut chercher un autre « moyen » pour servir nos besoins et ceux de nos prochains. Que faire pour que la paix de Dieu vienne sur la terre et ses habitants, sur les pauvres et nécessiteux, sur nos amis, sur notre cité ? Le théologien allemand Dietrich Bonhoeffer a écrit : « Bénir, c’est poser les mains sur quelqu’un et lui dire : pourtant (malgré tout), tu appartiens à Dieu. C’est ainsi que nous agissons dans le monde qui nous cause de telles souffrances. Nous ne le rejetons pas, ne le méprisons pas, ne le condamnons pas, mais le remettons à Dieu, insufflons l’espérance et prions pour sa protection : ‘Que Dieu soit bienveillant envers toi et te bénisse !’ »

 

Cherchons à découvrir ce que « transmettre » signifie dans notre contexte.

Car si nous ne transmettons pas, si nous ne sommes pas un lien entre ciel et terre, nous négligeons notre vocation sacerdotale.

 

La troisième et dernière affirmation du diable nous amène au cœur de notre propre tradition anabaptiste-mennonite quand il déclare: « Vous êtes une nation sainte, alors ne vous chargez pas des autres, mais veillez à votre propre sainteté. » Il y a des traditions chrétiennes, dont la tradition anabaptiste-mennonite, qui soulignent fortement la différence entre l’Eglise et le monde. Pour elles, être saint signifie être différent, dans le monde mais pas du monde. Et il y a des moments dans l’histoire où l’Eglise ne peut que se retirer de la société pour rendre visible cette différence. En tous temps et en tous lieux, l’Eglise se doit d’être telle qu’elle révèle la nature du royaume de Dieu différente du caractère de la société contemporaine. Le diable a raison : il nous faut veiller à notre sainteté.

Mais il faut toujours compléter ce que le diable déclare. Alors, il faut dire que la sainteté n’est pas pour nous-mêmes. Elle est un signe pour les autres, un indice qui montre aux désespérés de ce monde qu’ils et elles peuvent espérer en un autre monde, celui de Dieu. La sainteté n’est pas un mérite accordé aux meilleurs êtres humains, mais pure grâce concédée aux vivants. Vivre conformément au Christ est une grâce, pour nous et pour les autres. 

À l’époque de la Réforme, les anabaptistes prenaient au sérieux l’amour des ennemis, ce qui leur valut d’être accusés de fonder leur éthique sur le mérite seul et non pas sur la grâce seule. Ce reproche est erroné.

 

En vérité, ils ont achoppé sur la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs [et] qui est devenue la pierre d’angle. Ils ont buté contre elle, ont rencontré Jésus, se sont appuyés sur lui et ont changé d’éthique. D’autres motifs jouèrent également – il ne s’agit ni d’idéaliser ni de diminuer les mérites de nos prédécesseurs dans la foi. Ils ont pris le chemin de la ‘suivance’ alors même que Jésus est une pierre d’achoppement, un rocher qui cause la chute. La sainteté n’est pas une condition mais plutôt un processus. Nous sommes en chemin et en cours de route, nous buterons encore et encore, le chemin est ainsi fait.

En effet, le danger nous guette quand nous ne heurtons plus la pierre angulaire. Quand dans la vie tout nous paraît évident, quand le sens de la foi nous paraît trop clair, quand les règles d’une vie conforme au Christ sont trop bien posées, quand nous distinguons précisément quelles sont les caractéristiques de l’appartenance ou non à la nation sainte : dans tous ces cas-là, nous sommes en danger de perdre la radicalité du royaume. L’Ecriture dit : vous qui, autrefois, n’étiez pas un peuple, vous êtes maintenant le peuple de Dieu ; vous qui n’aviez pas obtenu compassion, vous avez maintenant obtenu compassion. Cette phrase ne parle pas seulement du passé, mais aussi du présent. Il est difficile et délicat de discerner ceux et celles qui font partie ou non de la nation sainte. Dieu est toujours en train de cueillir son peuple entre les peuples.

Parfois, on trouve des pierres rejetées par les constructeurs. Quelquefois on a l’impression de se retrouver soi-même à la décharge.

 

Dieu prend exactement ces pierres repoussées, en fait des pierres vivantes avec lesquelles il forme une maison spirituelle – une maison ou communauté, ouverte à tous, vivante et animée. Elle est en mouvement comme jadis Jésus, qui s’était mis en route pour apporter le royaume à ceux qui en avaient besoin. La maison de Dieu se construit, la maison de Dieu vit, nous sommes invités à participer à sa vie en servant nos prochains et en les bénissant. Nous sommes choisis pour participer à une œuvre divine, pour servir la terre et ses habitants et pour les bénir comme Dieu a jadis béni Sara et Abraham. Dieu nous bénit, et nous devenons une bénédiction pour tous, retransmettant Sa bénédiction à tous et à toutes.

Amen

 

Pour la traduction la citation originale de Bonhoeffer:

« Segnen, das heißt die Hand auf etwas legen und sagen: du gehörst trotz allem Gott. So tun wir es mit der Welt, die uns solches Leiden zufügt. Wir verlassen sie nicht, wir verwerfen, verachten, verdammen sie nicht, sondern wir rufen sie zu Gott, wir geben ihr Hoffnung, wir legen die Hand auf sie und sagen: Gottes Segen komme über dich" (DBW 8, 675).

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